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Bonjour M. Danis Bois
Votre nom est associé à la fasciathérapie et à une méthode de soins pour les Masseurs-Kinésithérapeutes (MDB), pouvez-vous nous décrire votre parcours ?
J’ai maintenant derrière moi trente années d’un parcours professionnel dédié à la fasciathérapie. Je pourrais rendre compte de mon itinéraire sur la base du processus d’émergence du champ théorique et pratique de la fasciathérapie et de son évolution par rapport à l’ostéopathie, mais je préfère aborder l’évolution de cette méthode dans le champ de la kinésithérapie.
Dans les années 1980, je formais des kinésithérapeutes à l’ostéopathie fonctionnelle ciblée sur la dynamique des fascias. Un certain nombre de raisons m’ont poussé à élaborer la fasciathérapie et à me distinguer de l’ostéopathie. En effet, à cette époque, les instances dirigeantes de l’ostéopathie émettaient l’idée que pour pratiquer l’ostéopathie, il fallait renoncer au D.E. de kinésithérapie, idée à laquelle j’étais fondamentalement opposé, considérant que l’ostéopathie fonctionnelle s’inscrivait pleinement dans les compétences du kinésithérapeute. Dans cette même période, le conseil de l’ordre des médecins interdisait aux kinésithérapeutes la pratique des manipulations vertébrales. Il fallait donc proposer une approche manuelle capable de se substituer aux techniques manipulatives tout en restant dans les compétences du kinésithérapeute. Encore aujourd'hui, je ne comprends pas comment l’ostéopathie est devenue une profession à part entière au lieu de s’inscrire dans le prolongement naturel de la kinésithérapie. Je n’ai jamais souhaité faire de la fasciathérapie une profession coupée de la kinésithérapie. Elle a pour vocation d’étendre le champ des compétences du kinésithérapeute.
Par ailleurs, j’étais en désaccord avec le concept du mécanisme respiratoire primaire proposé par l’ostéopathie et proposais à la place, un autre modèle d’autorégulation du vivant. C’est dans cette mouvance partisane de fidélité à la kinésithérapie et dans la dynamique d’une reformulation des concepts théoriques et pratiques par rapport à l’ostéopathie qu’est né le concept de la fasciathérapie MDB (méthode Danis Bois).
Je menais contemporainement une recherche sur la modulation tonique déclenchée par le point d'appui manuel ce qui donna lieu au modèle du psychotonus. Le tonus est abordé en psychologie pour son rôle dans la relation interhumaine et plus particulièrement comme un mode de communication non verbale. C’est à travers le toucher psychotonique que sont mis en jeu simultanément le corps et le psychisme de la personne. Plus j’avançais dans mon itinéraire de découverte, plus je m’éloignais du modèle ostéopathique. Mes mains captaient une animation d’une autre nature, plus lente, et qui concernait non seulement l’organisme, mais aussi la personne dans sa totalité. Avec l’ostéopathie, je soignais un organisme, avec la fasciathérapie, je concernais la personne dans sa totalité somato-psychique.
Si la fasciathérapie est aujourd'hui une thérapie manuelle prisée dans le monde des kinésithérapeutes, c’est qu’elle développe au sein de sa démarche clinique, une relation d’aide à la personne. La fasciathérapie mérite, à mon sens, son appellation de thérapie manuelle centrée sur la personne, parce qu’elle introduit dans le geste thérapeutique un toucher de relation associé au toucher symptomatique. C’est cette qualité de toucher qui fait aujourd’hui la spécificité de la fasciathérapie telle qu’elle est enseignée à l’École Supérieure de Fasciathérapie (www.fasciatherapie.com).
Aujourd'hui, la fasciathérapie est devenue un terme générique. Pour vous donner une idée, ces trois dernières années, plus de 14000 articles et communications scientifiques internationales ont été publiés sur le fascia. L’École Supérieure de Fasciathérapie participe pleinement à cette dynamique de recherche (U.S. National Library of medicine, National Institutes of Health : PUBmed (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19524848) ainsi que le centre d’études et de recherche de l’université Fernando Pessoa que je dirige (www.cerap.org)
Pourriez-vous nous parler de votre travail universitaire au Portugal? (modèle, diplômes, débouchés, destinés au MK sans l’aval des médecins)
Avant d’aborder la dimension universitaire de la fasciathérapie, je voudrais revenir à mon propre itinéraire académique. Les formations que j’avais reçues en kinésithérapie puis en ostéopathie privilégiaient les pratiques corporelles à visée mécanique, mais ne m’avaient pas préparé à accompagner psychologiquement une personne en prise avec la maladie. Je décidais à l’âge de 49 ans de combler cette lacune en m’inscrivant dans un cursus universitaire de psychologie cognitive puis de psychopédagogie du soin qui se finalisa par une thèse de doctorat en sciences de l’éducation. Je suis actuellement professeur à l’université Fernando Pessoa (UFP de Porto au Portugal) où je dirige le diplôme de méthodologie de recherche doctorale en psychopédagogie dans le département des sciences sociales. Mon titre académique de professeur docteur me permet aujourd'hui de construire de nouveaux programmes qui évaluent le lien entre le corps et l’esprit.
Je suis par ailleurs directeur du centre d’études et de recherche appliquées en psychopédagogie (CERAP) ce qui me donne les moyens de développer des recherches dans le domaine de la psychologie, de la psychopédagogie et de la kinésithérapie. Ce laboratoire est affilié à l’université Fernando Pessoa. Il s’agit d’un centre de recherche organisé autour d’une thématique originale au sein des sciences humaines : la psychopédagogie à médiation corporelle des potentialités humaines. L’expérience corporelle est ici considérée dans une approche anthropologique globale intégrant les dimensions perceptive, cognitive et soignante.
L’UFP accueille dans ses murs une faculté des sciences et de la santé qui comprend un département de kinésithérapie et de psychologie. Au Portugal comme dans la majorité des pays européens, la kinésithérapie est universitaire et donne un grade de master 1 (licenciatura) et de master 2 de recherche (mestrado). Cette université faisant partie de l’espace européen de l’enseignement supérieur organise des plateformes dans divers pays européens. L’une de ces plateformes se trouve à Ivry-sur-Seine (94) dans le cadre de la société Point d'Appui (Établissement d’enseignement supérieur privé immatriculé auprès de l’académie de Créteil N° : 094 2251 L) Cet établissement a signé un protocole avec l’Université Fernando Pessoa devenant ainsi une Institution Académiquement Affiliée à cette université portugaise : Point d’Appui-IAA/UFP. C’est dans cette structure d’enseignement que se trouve l’École Supérieure de Fasciathérapie méthode Danis Bois dirigée par Christian Courraud et Nadine Quéré.
Quant à moi, je suis le coordinateur scientifique des programmes universitaires et académiques dispensés dans cet établissement. Je fais en quelque sorte le pont entre l’université et Point d'Appui qui dispense en France un diplôme universitaire de fasciathérapie appliquée à la kinésithérapie, un master 2 de recherche en psychopédagogie perceptive et un doctorat en sciences sociales spécialisation en psychopédagogie très orienté vers les pratiques manuelles appliquées au soin et notamment la fasciathérapie.
La rencontre entre mon expertise de kinésithérapeute et celle de psychopédagogue a donné lieu à la psychopédagogie perceptive, discipline qui fait aujourd'hui l'objet d'un master 2 de recherche. Dans ce master, j'accueille depuis 5 ans un grand nombre de kinésithérapeutes et notamment des fasciathérapeutes.
J'ai changé d'université depuis un an et l'Université Fernando Pessoa à laquelle j'appartiens maintenant offre dans son département "sciences de la santé" une formation initiale en kinésithérapie (niveau licenciatura équivalent français de l'ancienne maîtrise) et un master en kinésithérapie (bac +5). Ce master comprend une partie curriculaire d'une durée de un an et propose trois spécialisations : kinésithérapie du sport ; kinésithérapie en gériatrie et kinésithérapie en périnatalité. la deuxième année est consacrée à la rédaction du mémoire.

Les crédits ECTS expriment la quantité de travail que chaque unité de cours requiert.
Une licence demande 180 ECTS,60 par an et c’est valable pour tous les cursus universitaires et le nombre d’années.
Une maîtrise est à 240 ECTS, un master à 300.
A la rentrée prochaine, nous proposerons en plus, un diplôme universitaire de deuxième cycle de kinésithérapie du sport spécialisation fasciathérapie qui, par la voie des validations universitaires (ECTS), ouvre l’accès direct au master 2 en kinésithérapie spécialisation fasciathérapie de l’Université Fernando Pessoa.
Quels sont les débouchés actuels des master et doctorats en kinésithérapie au Portugal ?
Au Portugal, pour entrer dans le monde du travail, la licenciatura est suffisante. Le master pose problème au niveau des institutions pour les étudiants titulaires de ce grade car le salaire est beaucoup plus élevé et donc les institutions préfèrent parfois embaucher à moindre coût. Par contre, le master donne accès à un doctorat en kinésithérapie, département que je vais diriger l'année prochaine. Je précise également que je suis professeur en kinésithérapie.
On retrouve au Portugal la même problématique qu'en France. En effet, les instances gouvernementales préfèrent réduire le niveau à une licence professionnelle de sorte que les salaires suivent et que les salariés ne changent pas dans une catégorie plus élevée.
Quel en est le coût ?
Au Portugal, l’enseignement universitaire en kinésithérapie est payant. Cette année, le coût de la formation en master est de 350 euros pour les frais d’immatriculation à l’université puis 485 euros par stage sachant qu’il y a 12 stages répartis sur deux années.
Pensez vous que ce modèle puisse être importé en France ?
La vraie question est : pourquoi la France est-elle si en retard au niveau de l’universitarisation des études de kinésithérapie par rapport aux autres pays européens ? J’avoue que je ne peux pas donner de raisons rationnelles à cette situation. Y a-t-il des conflits d’intérêts de différents ordres (financier, social, culturel, politique…)? Mon expérience universitaire et académique me laisse penser que l’on n’utilise pas la bonne voie pour réussir l’universitarisation des études.
Indépendamment des raisons esquissées précédemment, je vois quatre obstacles se dresser devant ce projet : le manque de recherche scientifiques dans le domaine de la kinésithérapie, le manque d’ouverture à la pluridisciplinarité de la profession, l’absence de définition précise des compétences du métier de kinésithérapeute et le manque évident d’universitaires parmi les formateurs.
Le master de recherche en psychopédagogie perceptive pose ses bases sur des travaux de recherche confirmés. Précisons que tous les programmes de master sont soumis à l’approbation du ministère de l’enseignement supérieur et pour l’obtenir, il faut que les contenus de formation respectent tous les critères de scientificité requis, que chaque enseignant possède le grade de docteur, et un curriculum vitae conséquent (publications, communications scientifiques, etc). En ce qui concerne l’obtention de l’ouverture du master de recherche en kinésithérapie du sport, spécialisation fasciathérapie, je me suis appuyé sur les recherches scientifiques effectuées par mon laboratoire sur la fasciathérapie et la psychopédagogie perceptive. Pour ceux qui souhaitent en savoir plus, les travaux de recherche du Cerap sont téléchargeables gratuitement depuis le site : www.cerap.org.
Dans la perspective d’une “importation”, quel domaine universitaire français existant pourrait au mieux se rapprocher du cursus que vous pilotez ?
A ma connaissance, il n’y a pas d’université en France qui accueille un programme de licence ou de master en kinésithérapie. Par conséquent, aucune université française ne peut valider les crédits de formation pour obtenir une licence ou un master en kinésithérapie. Il faut naturellement obtenir de la part d’une université européenne qui dispense un programme académique de kinésithérapie, la validation de crédits de formation des kinésithérapeutes formés en France ou plus difficile encore à obtenir, la validation des acquis de l’expérience (VAE).
Si aucun domaine universitaire ne peut (veut) vous accueillir pour ce transfert, comment pensez-vous construire un parcours intégré au LMD en France ?
Pour l’heure, il existe en France des initiatives individuelles des kinésithérapeutes qui désirent élever leur niveau académique (mais ils sont peu nombreux pour l’instant). La plupart du temps, les kinésithérapeutes s’inscrivent dans des formations universitaires qui ont des liens plus ou moins directs avec leur profession. Ils s’inscrivent en France dans des disciplines universitaires telles que les sciences de la santé, l’ergonomie, la biomécanique, l’ingénierie de la rééducation et du handicap etc. Généralement les kinésithérapeutes s'engagent dans des DU, mais ces diplômes ne donnent pas un grade académique.
Je rappelle que l’accès à un master nécessite soit une licence, soit une validation des acquis de l’expérience (VAE) ou des acquis professionnels (VAP). J’ai obtenu de la part de l’université Fernando Pessoa la validation de crédits de formation pour la formation initiale de fasciathérapie enseignée à Point D’appui et qui permet l’accès direct en master. Actuellement, une vingtaine de kinésithérapeutes ont obtenu le grade de master en psychopédagogie perceptive et une trentaine de kinésithérapeutes sont en cours de master. Dans le doctorat en sciences sociales, sur 14 doctorants, quatre sont kinésithérapeutes et mènent des recherches sur la validation des pratiques en fasciathérapie correspondant à l’axe A de notre laboratoire.
Les sciences sociales et les sciences de l'éducation semblent être le biais utilisé aussi par les Mk français pour la masterisation Selon les parcours universitaires existants en France dans ces domaines, il semble possible de faire des ponts avec votre département universitaire. Est-il possible cependant de rassembler plusieurs filières universitaires distinctes en France (biomécanique, sciences du mouvements, psychopédagogie) dans une même accréditation de l'UFP?
Au sein de l'UFP se trouve un département en santé. Y a t-il un master en kinésithérapie à part entière? Et si oui, permet-il de continuer au-delà?
Je tiens à préciser que l'unité de formation Point d'Appui-IAA UFP située en France à Ivry sur Seine (94) est devenue une plateforme de l'UFP à travers la signature d'un protocole. J'ai obtenu du recteur et du conseil scientifique de l'UFP l'autorisation de proposer un (DU) diplôme universitaire de second cycle de kinésithérapie du sport qui permet l'accès direct en master 2 en kinésithérapie dont les cours sont dispensés en France à Ivry. Ce passage est permis grâce à la validation des crédits (ECTS) de formation du DU par l'UFP. La deuxième année, celle du master 2 étant consacrée à l'écriture du mémoire sous la direction d'un directeur de thèse français, il n'y a pas de cours à suivre. Seule la soutenance du mémoire se fait au Portugal.
Je suis disposé à accueillir dans le DU de kinésithérapie des collègues français qui viennent d'autres obédiences telles que la biomécanique, la psychopédagogie ou les sciences du mouvement etc.
Pour les kinésithérapeutes qui ont déjà un master, je suis disposé, sur dossier, à leur ouvrir l'accès au doctorat en sciences sociales de l'UFP.
Actuellement en France, ont lieu des réunions de travail sur la réingénierie des études de kinésithérapie qui s'orientent vers l'acquisition de compétences (voir ici), le tout sur le temps d'une licence professionnelle (le gouvernement semble ferme à ce propos) Cela rend plus compliqué la poursuite vers un master. Que pensez-vous de cette situation?
Il est clair qu'il faut d'abord bien définir les compétences du kinésithérapeute. Aujourd'hui se pose un choix qui est très important pour la kinésithérapie. Soit on s'oriente vers une vision corporatiste de notre profession et vers une discipline scientifique expérimentale et positiviste ( se serait une forme de sous-produit de la médecine), soit la kinésithérapie s'ouvre à une dimension pluridisciplinaire où elle inclut des dimensions éducatives psychologiques et psychopédagogiques s'orientant ainsi vers une approche plus centrée sur la personne sans exclure évidemment les recherches expérimentales et fondamentales. Dans ce cas, la kinésithérapie pourrait accéder à une licence qui ouvre ensuite l'accès à la recherche.
Pour toutes ces raisons, je ne suis pas favorable à une licence professionnelle qui réduirait les perspectives de la profession en la laissant dans le domaine technique. Il est clair que comme je l'ai précisé plus haut, la licence professionnelle est une stratégie économique de la part des institutions décisionnaires.
Qu’en pense l’Ordre des MK ?
Le 11 juin 2009, j’ai rencontré le vice-président de l’Ordre, Mr Vaillant, et je lui ai exposé mon itinéraire de formation, le partenariat universitaire signé avec l’Université Fernando Pessoa, les programmes de formation en cours ainsi que la possibilité de proposer l’accès aux kinésithérapeutes français à un master 2 de recherche en kinésithérapie en faisant jouer les validations de crédits (ECTS) par l’université Fernando Pessoa. Je me proposais de réfléchir avec les représentants de l’Ordre à la manière la plus pertinente de créer des ponts entre la France et les universités européennes et notamment l’Université Fernando Pessoa. Je souhaitais mener une réflexion concertée avec le conseil national de l’ordre pour réaliser ce projet afin de respecter la législation en vigueur en France par rapport à la loi de Bologne.
L’ambiance était chaleureuse entre les interlocuteurs, mais pour des raisons que je ne m’explique pas, le conseil de l’ordre n’a pas donné suite à ma démarche. J’ai été très surpris d’apprendre par la suite qu’un des vice-présidents de l’ordre des kinésithérapeutes à fait courir des bruits tendancieux à l’égard de la fasciathérapie lors d’une réunion des présidents départementaux de l’ordre de la kinésithérapie. Heureusement, devant les réactions nombreuses des kinésithérapeutes formés ou non à la fasciathérapie et des organismes professionnels de formation continue, monsieur Couratier, président du conseil national a envoyé le 12 octobre 2009 à chaque président départemental de l’ordre, un courrier qui a fortement nuancé les propos du représentant du conseil de l’ordre en rappelant que le formulaire envoyé à l’ordre des masseurs kinésithérapeutes ne mentionnait aucune pratique professionnelle et notamment pas la fasciathérapie. Le président Couratier dans ce courrier précise : « ce n’est pas la pratique qui est alors mise en cause, mais l’utilisation qui en est faite par l’individu ».
Une newsletter du Conseil National de l’Ordre de mai 2008 (faisant référence à un rapport Miviludes, mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) fait mention de la fasciathérapie dans une série de pratiques dites « à dérive sectaires », qu’en est- il ?
Effectivement, nous avons pris connaissance récemment de la news-letter de mai 2008 du conseil de l’Ordre mentionnant que la fasciathérapie était assimilée plus ou moins à une pratique susceptible de dérive sectaire. Même si nous nous nous sentions pas concernés par cette news-letter, Point d’Appui a fait une démarche auprès de Miviludes pour en savoir plus sur la situation de la fasciathérapie du point de vue de Miviludes. Cette instance nous a informé qu’elle n’a pas la vocation d’évaluer les méthodes, mais de relever les déviances individuelles des praticiens. Les responsables de cet organisme nous ont promis une réponse écrite qui mentionne que l’établissement d’enseignement supérieur Point d’Appui ne fait l’objet d’aucune problématique à leurs yeux.
Parlez-nous de votre approche pour une recherche en Masso-Kinésithérapie ? (expérimentale et qualitative)
Comme Je l’ai dit précédemment, j’ai ouvert aux kinésithérapeutes français la possibilité d’acquérir un grade académique de niveau master et doctorat. Cette démarche me semble importante pour que l’universitarisation de la kinésithérapie n’échappe pas aux kinésithérapeutes par manque de niveau académique. En effet, je rappelle que pour enseigner dans le cadre d’un master, il faut avoir au minimum un grade de master 2 dans la spécialité enseignée. Si nous ne voulons pas que la formation des kinésithérapeutes soit enseignée par d’autres professionnels, nous devons anticiper. C’est précisément ce que j’ai souligné auprès du conseil de l’Ordre. De la même façon, pour être responsable d’un master, il faut avoir au minimum le grade de Docteur.
Il me semble également essentiel d’orienter nos efforts vers la recherche pour valider les pratiques de la kinésithérapie et les pratiques de formation en kinésithérapie afin de définir le mode d’enseignement et les compétences auxquelles cet enseignement forme. Pour remplir cette condition, nous avons à notre disposition deux démarches scientifiques: la démarche expérimentale et quantitative et la démarche qualitative.
On ne s’improvise pas chercheur. Il s’agit d’un véritable métier qui demande une expertise approfondie et un cadre d’exploration officiel. Par exemple, au Portugal, mais aussi en France, pour être directeur d’un centre de recherche, il faut avoir en plus d’un doctorat, une habilitation à diriger des recherches (HDR) pour la France ou une agrégation pour le Portugal. Ensuite, ce laboratoire doit être affilié à une université ou à des instances de recherche reconnues officiellement par le ministère de la recherche (par exemple CNRS ou l’INSERM en France). Enfin, les communications doivent être soumises à un comité de lecture scientifique qui œuvre au respect de la scientificité des contenus.
Concernant la posture épistémologique, il existe une fausse querelle entre les méthodes qui s’inscrivent dans le champ des positivistes et celles qui s’inscrivent dans celui du qualitatif. Le choix d’une méthode de recherche correspond en réalité à un objectif de recherche précis. Dans le cadre du CERAP, nous sommes plutôt orientés vers les démarches qualitatives car elles visent à donner la parole au patient pour identifier l’efficacité des pratiques de soin. C’est à travers le témoignage des patients que se construit une validité des pratiques. Les méthodes qualitatives obligent à un "codifié" de la recherche très élaboré et au respect des critères de scientificité très établis par la communauté scientifique. Le master en psychopédagogie perceptive ou le doctorat en sciences sociales forment des praticiens chercheurs à l’exigence de la recherche scientifique. Ainsi, dans le doctorat en sciences sociales, il y a une partie curriculaire extrêmement dense qui développe les recherche qualitatives et quantitatives ainsi que les méthodes de recherche expérimentales.
Dans le cadre du CERAP nous avons publié un certains nombre d’études dans le domaine de la recherche expérimentale comme par exemple, lors du premier congrès de recherche sur le fascia qui a eu lieu a Harward en 2007 (N. Quéré, E. Noël, P. d’Alessio et A. Lieutaud ont fait une communication « Fasciatherapy Combined with Pulsology Touch Induces Changes in Blood Turbulence Potentially Beneficial for Vascular Endothelium : www.fascia2007.com.) et à Amsterdam en 2009. (U.S. National Library of medicine, National Institutes of Health : PUBmed : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19524848).
Nous avons une production de recherches et de communications nationales et internationales très importante et cela a contribué à la création du master et du doctorat.
S’agit-il d’une vision plus complète de celle de M.Trudelle au travers de sa SFP (Société Française de Physiothérapie) ?
Je n’ai malheureusement pas le plaisir de connaître Mr Trudelle malgré quelques tentatives de ma part de le rencontrer. Je pense que M. Trudelle contribue à donner à la kinésithérapie une scientificité, il a opté radicalement, à ma connaissance, mais cela reste à confirmer, pour les recherches expérimentales et quantitatives.
Je pense que la kinésithérapie ne doit pas s’abriter uniquement derrière la technologie. Il faut s’ouvrir à une pluridisciplinarité qui inclut la psychologie, la psychopédagogie, l’éducation pour la santé, etc. Je ne suis pas favorable à une kinésithérapie instrumentalisée à outrance et qui se ferait au détriment d’une approche humaine de la science. Le kinésithérapie est un acteur à part entière de la santé et doit s’inscrire dans une dynamique relationnelle, psychologique voir d’accompagnement des personnes qui sont en prise avec la maladie. Sur cette base, il m’apparaît nécessaire de mener conjointement des recherches expérimentales et quantitatives ciblées sur la biomécanique, la physiologie et la biologie, et des recherche qualitatives ou mixtes ciblées sur les impacts de la pratique du kinésithérapeute sur la maladie. Par exemple, un des doctorants du laboratoire mène sa recherche sur les impacts de la fasciathérapie sur la prévention, la blessure et la récupération chez 24 sportifs de haut niveau. Il est amené à utiliser un croisement de méthodes qualitatives et instrumentalisées.
Que pensez-vous d’élaborer un protocole qualitatif à l’échelle nationale avec la participation des cabinets libéraux (auto-bilan), centralisée par une équipe statisticienne ou hospitalière ?
Vous voulez probablement parler d’une méthode quantitative sur la base d’un matériau de données qualitatives recueillies à travers un questionnaire donnant lieu à une analyse chiffrée (statistique)? Je suis favorable à ce type d’enquête lorsqu’elle s’adresse à une grande population, mais cela demande une certaine expertise dans la construction du questionnaire et son analyse ainsi que dans la discussion interprétative des données.
J’ai reçu dernièrement votre questionnaire qui visait cinq objets : identifier les patients, dégager les critères d’appréciation des patients envers leur kinésithérapeute, extraire des critères de qualité du soin du point de vue du patient, relever les critères économiques et sociaux et enfin, dégager des critères de responsabilité du kinésithérapeute et ses qualifications. Je pense que de telles initiatives sont pertinentes pour mieux cerner les contours et les enjeux de la profession de kinésithérapeute.
Pour ma part, je souhaite mener une enquête de grande envergure auprès des kinésithérapeutes fasciathérapeutes pour évaluer les impacts de la fasciathérapie sur l’accompagnement des personnes qui vivent l’épreuve du cancer. La procédure est en cours d’instauration.
Connaissez vous les travaux sur l'onde vasculaire accessoire( O.V.A)? le toucher psychotonique est-il une O.V.A ?
Oui, je me suis intéressé à ce phénomène en 1982 et en 1984. Je pensais que l'onde vasculaire pouvait être une alternative au modèle du MRP. Je rappelle que dans mes deux premiers livres, une large place était consacrée à la pulsologie. En effet, après avoir exposé de façon claire l'irrecevabilité du MRP aussi bien d'un point de vue biologique que physiologique, j'écrivais en 1984: "Les recherches médicales sérieuses n'évoquent pas l'éventualité que ce liquide soit hiérarchiquement supérieur aux autres" et j'ai argumenté cette posture. Je me suis orienté vers les travaux de Still qui plaçait le sang au coeur de sa théorie. J'ai donc travaillé pendant 10 ans sur le réflexe artério-artériel, le système vaso-moteur, le système neuro-vasculaire, le balancement du flux sanguin et le réflexe nutritif de Hess. Dernièrement mes collaborateurs ont repris ces travaux ce qui s'est soldé par deux communication l'une à Harvard, l'autre à l'université de Amsterdam. Cette recherche expérimentale a prouvé l'influence de la fasciathérapie sur l'écoulement du flux sanguin lors des états de stress vasculaire qui de turbulent redevient laminaire et ceci de façon plus efficiente que la prise de médicaments ou qu'un massage en kinésithérapie. L'étude a été menée en double aveugle avec une population de patients hypertendus qui recevait un massage et lors d'une autre séance, elle recevait un soin en fasciathérapie. Les mesures ont été réalisées à l'aide d'un écho-doppler. Je vous invite à vous reporter à l'article que vous trouverez sur le site indiquée au debut. En tout cas, cela n'a pas de lien avec le psychotonus .
Danis Bois Ph.D.
Professeur de psychopédagogie - Université Fernando Pessoa - Porto Portugal
Coordinateur du Diplôme d’Etudes Doctorales en Sciences Sociales, spécialisation Psychopédagogie à l’UFP
Cordinateur du Centre d'études et de recherche appliquée en psychopédagogie perceptive - (CERAP-UFP) www.cerap.org
Merci, Monsieur Bois, de nous avoir accorder cet entretien.
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Commentaires
cas de pratiques de soins assimilés à de la
médecine alternative et tout cela payé
par les contribuables
Création d’un groupe d’appui technique sur les pratiques non conventionnelle s à visée thérapeutique
Arrêté du 3 février 2009 paru au JORF du 19 février 2009
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Sinon, je vois pas ce que signifie le message avec la citation de 20 lignes. Citer
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